19ème : Une petite histoire de la globalisation

Même avant que l’ère du chemin de fer (à partir de 1830) n’engendre une demande massive de financement extérieur, les puissances militaires d’Europe ont constaté que la dette souveraine pouvait être une source abondante de financement de guerre. Les émissions importantes d’obligations britanniques pour faire face aux armées révolutionnaires françaises après 1793 ont conduit à une expansion énorme des affaires pour les courtiers et les employés qui gagnaient leur vie en négociant la dette nationale britannique dans les cafés autour de la Exchange Alley de Londres et dans le lobby de la Banque d’Angleterre.

En 1801, ces traders et courtiers ont ressentit le besoin de créer un espace dédié au trading pour servir leurs clients et faire prospérer leurs affaires. 260 Traders ont levé 20 000£ sous forme de 400 actions de 50£ pour construire une nouvelle bourse, la London Stock Exchange.

Dès le début, la LSE a strictement interdit aux membres d’être associés de quelque manière que ce soit à une banque. Les banquiers étaient appréciés pour leurs services facilitant les paiements et attestant de la solidité des sociétés souhaitant s’inscrire à la Bourse de Londres, mais le souvenir des ravages causés par les faillites bancaires pendant la bulle des mers du Sud, puis Boyd, Benfield & Co. a persisté jusqu’au Big Bang de 1986.

Traders à l’entrée de la bourse de Londres

Les marchés officiels des actions et des obligations au Royaume-Uni étaient la Bourse de Londres et les bourses provinciales beaucoup plus petites. Ces marchés étaient loin d’être efficaces ; Lavington (1921) estimait que, sur plus de 35 000 émissions de titres au Royaume-Uni, seulement 5 000 étaient officiellement cotées en bourse ; de ce nombre, moins de 400 ont à tout moment un marché libre.

Les liens entre les bourses provinciales et entre chaque bourse provinciale et la Bourse de Londres ont commencé dans les années 1830. Jusque-là , les courtiers, que ce soit à Londres ou en province, n’ont fait qu’agir à titre d’intermédiaires entre les bourses pour leurs clients et ont rempli leurs ordres avec des agents de placement sur le marché primaire du titre en question.

Le Royal Exchange fut la première bourse de commerce de la Cité de Londres, fondée en 1565 par Thomas Gresham. 

Les environnements juridiques et politiques différents aux États-Unis et en France ont conduit chacun d’entre eux à créer des bourses de valeurs avec des moyens différents pour réaliser essentiellement les mêmes opérations.

Aux Etats-Unis, Comme nous l’avons précisé dans les épisodes précédents, les investisseurs se réunissaient jusque là dans des lieux désignés tel que l’arbre de Buttonwood à Wall Street, ou dans les cafés. Le 17 Mai 1792, 24 courtiers ont signé l’accord de Buttonwood à Wall Street. L’organisation a fait de la Tontine Coffee House son siège social et s’est concentrée sur les obligations d’Etat.

Vingt-cinq ans plus tard, le 8 mars 1817, l’organisation devint officiellement le New York Stock & Exchange Board, devenu plus tard le New York Stock Exchange. Tout au long du début des années 1800, la Bourse de New York s’est développée au-delà des obligations d’État et des actions bancaires. New York elle-même a rapidement dépassé Philadelphie en tant que centre financier ou les États-Unis.

Retour en France, comme nous avons pu le voir dans les épisodes précédents, les français connaissent les joies de l’échange d’actions depuis le 1639. A Paris, la bourse a occupé plusieurs espaces dont l’hôtel de Nevers au 18ème siècle. En 1808, Napoléon 1er pose la première pierre du palais Brongniart, conçu par l’architecte Alexandre-Théodore Brongniart et destiné à accueillir la Bourse de Paris, institution considérée d’ordre public et appréhendée par l’Empereur comme le « thermomètre de la confiance publique » à cause de la présence des rentes constituées 5 % qui composent l’essentiel de la cote officielle, et dont le cours est suivi avec assiduité par Napoléon Bonaparte. Le bâtiment est finalement inauguré sous la Restauration le 4 novembre 1826.

La bourse de Paris n’a cessé de briller depuis son installation au Palais Brongniart, que ce soit lors de la grande spéculation sur les premiers chemins de fer au milieu du 19ème, ou les grandes opérations financières de la fin du 19ème comme le Panama, Suez et les emprunts russes.

Les environnements juridiques et politiques différents aux États-Unis, en France et en Allemagne ont conduit chacun d’entre eux à créer des bourses de valeurs avec des moyens différents pour réaliser essentiellement les mêmes opérations.

Entre les Etats unis et le Royaume Unis par exemple, les échanges régionaux ont prospéré dans les deux pays, mais au Royaume-Uni, ils n’ont jamais été en concurrence avec la bourse centrale de Londres pour la primauté. L’augmentation continue du nombre de membres de la LSE, qui a culminé en 1907 à 5 473 membres et 3 822 commis, ainsi que le rôle actif des shunters, qui faisaient le lien entre la city et les provinces, ont assuré la domination de la LSE. Tandis qu’aux USA, il a fallu la guerre de Sécession (1861-1865) pour établir de façon permanente la prééminence de la Bourse de New York sur les anciennes bourses de Philadelphie et de Boston et sur les nouvelles bourses de Cincinnati et de Chicago. De plus, la Bourse de New York s’est constamment battue pour établir puis maintenir sa primauté en tant que marché central à New York, parce que ses propriétaires limitaient le nombre de positions de négociation, appelées « sièges », à eux-mêmes, et chaque « siège » pouvait agir soit comme courtier, soit comme Dealer.

Quant à la France, un petit groupe d’agents de change, qui se sont organisés étroitement au cours du siècle en société autorégulée, ont pu de temps à autre faire appel aux pouvoirs de l’État central pour maintenir son monopole. Il en résulte que les règles de la Bourse de Paris sont restées essentiellement inchangées depuis l’époque de Napoléon jusqu’à la rupture de son monopole sous la pression de la Communauté européenne à la fin des années 1980.

Arrivée du Télégraphe :

Les liens entre les bourses provinciales et les bourse centrales ont commencé dans les années 1830. Les courtiers, que ce soit à Londres notamment, ou en province, n’ont fait qu’agir à titre d’intermédiaires entre les bourses pour leurs clients Mais dans les années 1860-70, pour profiter de l’expansion du réseau télégraphique dans les îles britanniques, puis sur le continent européen, et finalement aux États-Unis en 1866, les compétences des operateurs boursiers ont été étoffées par une innovation désormais généralisée qu’on appelle l’arbitrage.

L’arbitrage consistait à acheter à bas prix sur un marché pour revendre à prix plus élevé sur un autre marché.