Bien que peu dynamique, nous vivons actuellement le plus long cycle d’expansion économique américaine de l’histoire. Si long que tout le monde s’inquiète de la possibilité d’une récession au cours des 12 prochains mois. La FED américaine estime sa probabilité à 1/3 dans les 12 prochains mois, alors que d’autres affirment que nous en connaissons déjà une (ils se pressent un peu).

Autant que nous le sachions, nous n’avons pas encore découvert de systèmes économiques exempts de récession. Nous évoluons encore dans des cycles, et une récession devrait éventuellement survenir. Mais comme le dit le vieil adage « les expansions ne meurent pas de vieillesse ». En général, les ralentissements économiques sont déclenchés par des chocs économiques comme une catastrophe (guerre ou autre), une bulle, une crise de la dette (privée ou souveraine) ou une crise monétaire.

Les économistes ne sont pas doués pour prédire les récessions et ont tendance à la reconnaître une fois qu’elle est bien entamée. Les approches les plus directes pour identifier les récessions sont peut-être appropriées aux cours d’histoire, mais pas très utiles pour l’élaboration de politiques ou de stratégies d’investissement. Par exemple, lorsque le NBER (National Bureau of Economic Research) a annoncé la récession en décembre 2008, elle avait déjà commencé pendant une année complète avant l’annonce.

Alors, comment un investisseur peut-il surveiller les marchés pour savoir si une récession est imminente ?

Je vous propose quelques indicateurs économiques qui ont été utiles dans le passé comme signaux d’alerte sur l’économie.

Taux de chômage

Le taux de chômage représente le nombre de chômeurs en pourcentage de la population active. Les chômeurs sont des personnes âgées de 16 ans et plus qui n’avaient pas d’emploi pendant la semaine de référence, étaient disponibles pour travailler, sauf en cas de maladie temporaire, et avaient fait des efforts particuliers pour trouver un emploi au cours de la période de quatre semaines se terminant avec la semaine de référence (définition américaine).

Taux de chômage selon OIT

Cet indicateur économique est au cœur des signaux de récession. Selon Ryan Nunn, Claudia Sahm, Jana Parsons et Jay Shambaugh (The Hamilton Project), le taux de chômage est l’indicateur le plus important pour identifier les récessions. Plus précisément, son augmentation rapide, quel que soit son niveau, peut nous aider à observer rapidement le ralentissement économique. Si le taux de chômage (sous la forme d’une moyenne de trois mois) est supérieur de 0,5 point de pourcentage à son minimum des 12 mois précédents, l’économie est déjà en récession.

L’approche de Sham semble appropriée, comme le montre le graphique ci-dessous, l’indicateur a correctement signalé une récession 4-5 mois après le début de la récession et n’a pratiquement jamais appelé à tort une récession depuis 1970 (les zones grises sont des périodes de récession).

Qu’indique-t-il actuellement ?

Source: Datastream

Bien qu’il ait légèrement augmenté, passant de 3,6 % à 3,7 % aux Etats Unis, les feux sont au vert pour le taux de chômage aux États-Unis et en Europe, ne laissant entrevoir aucun signe de récession pour le moment.

Les indices ISM/PMI manufacturiers

Un de mes indicateurs préférés. Au cours de la seconde moitié de chaque mois, IHS Markit envoie un questionnaire à un panel de directeurs des achats de plus de 400 entreprises. On demande aux répondants si les conditions commerciales pour un certain nombre de variables se sont améliorées ou détériorées. Dans l’industrie manufacturière, ils couvrent la production, les nouvelles commandes, les nouvelles commandes à l’exportation, les prix des intrants/extrants, les stocks, et d’autres aspects importants de la vie d’une entreprise. Il regroupe ensuite l’information en un seul indice.

Un indice supérieur à 50 indique une expansion dans le secteur manufacturier, tandis qu’une lecture inférieure à 50 indique une contraction. Le PMI a de véritables avantages. Il est diffusé de façon anticipée (avant la publication du PIB de la période), et compte tenu de sa méthode de construction (un questionnaire aux directeurs des achats, au cœur de l’activité de l’entreprise), il constitue un véritable indicateur avancé. Qui de mieux pour vous donner le pouls de l’activité que le directeur des achats ? De plus, il a souvent montré des signaux de difficultés avant que l’économie ne mette les freins.

Un PMI inférieur à 45 pendant une période prolongée est le signe d’une récession imminente. La même interprétation vaut pour l’indice publié par l’Institute for Supply Management aux États-Unis.

Qu’indique-t-il actuellement ?

source: IHS Markit

Dans la zone euro, le PMI clignote orange (presque rouge ?). L’industrie manufacturière s’est rapidement détériorée depuis le milieu de 2018, affectée par les incertitudes du Brexit, les tensions géopolitiques, les tensions commerciales et la forte détérioration du secteur automobile. Le PMI manufacturier se maintient en dessous de 50 depuis février 2019. Une détérioration en dessous de 45 serait une alerte à ne pas occulter (le PMI manufacturier allemand est autour de 43.1 à cette date).

L’industrie manufacturière américaine a souffert du ralentissement des livraisons des fournisseurs, de la contraction du carnet de commandes et des stocks de matières premières. Les voyants sont entrain de passer orange, surtout depuis la publication du PMI de Chicago, considéré comme indicateur avancé de l’économie américaine .

source datastream

La forme de la courbe des taux :

Peut-être moins intuitif pour les personnes qui ne sont pas engagées sur les marchés financiers, mais la courbe des taux offre un très large éventail de signaux concernant l’économie. Il faut la voir comme une forme de confiance dans l’économie. En temps normal, plus l’échéance est longue, plus le rendement exigé par les investisseurs est élevé.

Source: datastream au 30/07/2019

 Alors que les taux à court terme (0 à 2 ans) donnent des informations sur l’inflation à court terme et les anticipations de politique monétaire, les taux à long terme (10 ans) donnent beaucoup d’informations sur les anticipations de rendement à long terme, l’inflation et, surtout, la confiance économique. L’écart entre le taux à 10 ans et le taux à 3 mois (le taux à 2 ans est également approprié) est connu par les praticiens du marché comme un signal de récession. Si le rendement à 10 ans est inférieur au rendement à 3 mois, on dit que la courbe des taux est « inversée ». Une inversion de la courbe des taux indique que les investisseurs ne sont pas très à l’aise avec la situation actuelle et recherchent l’abri d’obligations souveraines à long terme, de haute qualité. Elle a également des implications pratiques. Par exemple, l’aplatissement de la courbe rend le secteur bancaire (pour caricaturer rapidement l’activité, les banques empruntent à court terme pour prêter à long terme) moins rentable. Une inversion fait du prêt d’argent une proposition peu alléchante, ce qui entraîne une contraction du flux des prêts, le moteur de l’économie.

La Reserve Fédérale de New York (Banque centrale régionale) a mis au point un indicateur qui transforme la courbe des taux en indicateur avancé pour calculer la probabilité de récession. L’inversion de la courbe a été un puissant signal de récession, et chaque récession des 60 dernières années a été précédée d’une courbe des taux inversée.

Qu’indique-t-il actuellement ?

Il clignote actuellement en orange. La courbe de rendement des États-Unis s’est inversée à plusieurs reprises depuis 12 mois. La probabilité de récession de la FED au cours des 12 prochains mois a augmenté à 32% depuis le début de 2019 (dans le graphique, les zones grises correspondent à des recessions)


Dans la zone euro, la courbe n’est pas encore inversée, mais l’écart de rendement se rétrécit rapidement. Aux niveaux actuels il y a 12 ans, la zone euro entrait en récession en raison de la crise des subprimes.

La confiance des consommateurs :

La consommation est au cœur même des économies développées et représente près des deux tiers du PIB dans des économies comme les États-Unis, plus de 55% en Union Européenne. Il est techniquement impossible pour une économie développée de croître sans consommateurs.

Le problème, c’est qu’au moment où nous nous rendons compte que les consommateurs ont fermé leur portefeuille, la récession est bien amorcée. C’est pourquoi la confiance des consommateurs est un indicateur important.

Les analystes doivent être conscients que l’indicateur du sentiment est volatil, car les citoyens peuvent réagir de façon excessive à la hausse des cours boursiers, à un événement politique ou autre. Un déclin ne se traduit pas nécessairement par une récession, mais un déclin soutenu doit être interprété différemment. Les économistes de Morgan Stanley ont récemment constaté qu’une baisse de 15 % d’une année sur l’autre de l’indice du Conference Board est un indicateur fiable d’une récession.


Qu’indique-t-il actuellement ?

La confiance des consommateurs de la zone euro clignote orange, depuis son pic de décembre 2017, la confiance des consommateurs s’est régulièrement détériorée pour atteindre -7,2 points. Une détérioration plus marquée peut déclencher des signaux d’alarme au sujet d’une récession imminente.

La confiance des consommateurs américains s’est également détériorée depuis son sommet d’octobre 2018 à 137,9. Actuellement à 121,5, la détérioration est d’environ 12 %. Les feux restent au vert, mais une nouvelle détérioration au cours des prochains mois pourrait passer les feux à orange.

D’autres indicateurs : les investissements dans des actifs de long terme

Vous pouvez vérifier les investissements dans des actifs de long terme de plusieurs façons. Vous pouvez avoir des favoris, voici quelques exemples d’indicateurs qui aident à détecter les recessions.

Permis de construire :

Étant donné que tous les activités connexes associées à la construction d’un bien immobilier sont des activités économiques importantes (par exemple le financement, les matériaux et l’emploi), les publications sur les permis de construire peuvent donner une indication importante sur l’état de l’économie dans un avenir proche. De plus, les permis sont délivrés plusieurs semaines avant le début de la construction et peuvent servir d’indicateur avancé de la confiance des consommateurs et des conditions financières. L’augmentation du nombre de permis de construire dans l’immobilier commercial indique que les entreprises se préparent à accroître leur activité. Du côté résidentiel, l’augmentation du nombre de permis de construire indique que les particuliers ont accumulé suffisamment d’assise financière pour pouvoir s’offrir une résidence, le projet d’une vie.

L’immobilier a souvent été un important moteur de ralentissement, mais aussi de reprise, comme en 2008. Toutefois, de nombreux économistes américains soulignent que le rôle de l’immobilier dans l’économie a diminué, que l’immobilier résidentiel est à la traîne depuis de nombreuses années et n’a pas déclenché de récession. Ils concluent que cet indicateur a perdu un peu de son pouvoir et ne devrait pas être la cause de la prochaine récession.

Ventes d’automobiles et de camions/remorques :

Quels sont les achats les plus importants qu’une famille ou une petite entreprise peut faire ? Après l’immobilier, les voitures et les camions sont le produit le plus cher que la plupart des gens achètent. Si la possession d’une voiture est effectivement très répandue et parfois nécessaire (pour le travail, se déplacer, etc.), l’achat d’une nouvelle n’est pas simple. Pour une famille, la décision d’acheter une voiture neuve nécessite la confiance dans l’avenir et un pouvoir d’achat croissant. Par conséquent, les ventes d’automobiles peuvent fournir des renseignements importants sur les tendances en matière de dépenses et sur la confiance globale des consommateurs.

Pour les petites entreprises, acheter des poids lourds n’est pas une décision prise à la légère. Un poid lourd, remorque ou semi-remorque coûtent très cher, et en acheter un signifie que l’entreprise s’attend à une augmentation significative de ses ventes et de ses livraisons. Dans le cas contraire, elle représentera une charge sur ses coûts fixes et variables et réduira ses marges.

Ecrit par Mehdi Slimani, CFA

Inspiré de mes différentes lectures, recherches et analyses

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